En 2026, les entreprises françaises devraient recruter 305 800 cadres, soit une hausse de 4 % après deux années consécutives de recul. Cette reprise est portée par les services à forte valeur ajoutée, l’informatique et l’ingénierie-R&D. Elle reste cependant fragile : les incertitudes géopolitiques et l’atonie persistante chez les jeunes cadres tempèrent l’optimisme.

Responsable Communication - LUNOPA Group

En bref
  • 305 800 recrutements de cadres prévus en 2026, en hausse de 4 % après 294 500 en 2025 et 303 400 en 2024
  • Les services à forte valeur ajoutée tirent la reprise : informatique +5 %, ingénierie-R&D +7 %, conseil +6 %, banque-assurance +9 %
  • Les jeunes cadres restent à la marge : seulement +1 % prévu, très loin du pic de 2023
  • Les profils expérimentés (6 à 10 ans d’expérience) sont les grands gagnants avec +16 % d’intentions de recrutement
  • La prévision reste soumise au conflit au Moyen-Orient, qui pourrait relancer l’inflation et freiner l’investissement

Après 2024 et 2025, deux années marquées par le repli et l’attentisme, le marché de l’emploi cadre s’apprête à tourner la page. Les données publiées par l’Apec en avril 2026 dessinent un scénario de redressement progressif, loin d’un rebond spectaculaire, mais suffisamment net pour que candidats et recruteurs ajustent leur stratégie.

Que l’on soit directeur technique en recherche d’un profil rare, chef de projet en reconversion, ou dirigeant d’une PME industrielle qui hésite à relancer ses recrutements : voici ce que les chiffres disent vraiment, et ce qu’ils impliquent concrètement.

Deux années de recul, un plancher atteint

En 2025, les entreprises françaises ont recruté 294 500 cadres en CDI ou CDD d’un an et plus. C’est une baisse de 3 % sur un an, moins brutale que la chute de 8 % enregistrée en 2024, mais qui porte le recul cumulé à 11 % par rapport au record de 2023 (330 700 recrutements).

Cette contraction a touché en priorité les secteurs qui portaient le marché quelques années plus tôt : les activités informatiques ont reculé de 4 %, l’ingénierie-R&D de 6 %, le conseil de 3 %. L’industrie a aussi souffert (-3 %), malgré la résistance de l’aéronautique et de l’énergie. Seule la construction a tenu, enregistrant même une légère hausse de 3 %.

294 500
recrutements de cadres réalisés en 2025
Apec, avril 2026
-11%
recul cumulé sur 2 ans par rapport au record de 2023
Apec, avril 2026
+4%
hausse prévue en 2026, vers 305 800 recrutements
Apec, prévisions 2026

Le territoire n’a pas été épargné uniformément. En 2025, l’Île-de-France a accusé un recul de 5 %, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Corse de 6 %, Auvergne-Rhône-Alpes de 4 %. À l’inverse, l’Occitanie, la Nouvelle-Aquitaine et la Bretagne ont affiché des volumes en hausse, portées respectivement par l’aéronautique, les industries de transition énergétique et l’électronique.

2026 : une reprise réelle mais conditionnelle

L’Apec anticipe 305 800 recrutements de cadres en 2026, soit un retour au-dessus du seuil symbolique des 300 000 embauches. Cette reprise repose sur plusieurs moteurs convergents : le rebond attendu de l’investissement des entreprises (+1,2 % selon la Banque de France), une consommation des ménages un peu plus dynamique (+0,8 %), et un PIB qui pourrait progresser d’environ 1 %.

Ce sont les services à forte valeur ajoutée qui mènent la reprise, avec une hausse prévue de 6 % et 166 000 recrutements. L’informatique retrouve de l’allant (+5 %), l’ingénierie-R&D accélère (+7 %), le conseil reprend des couleurs (+6 %) et la banque-assurance affiche la plus forte progression de l’ensemble (+9 %).

Ce que ça signifie pour les profils IT et ingénierie
La reprise des recrutements en informatique et ingénierie-R&D confirme la tendance structurelle : transformation digitale, cybersécurité et intelligence artificielle génèrent des besoins durables, même dans un contexte économique tendu. Ces profils restent les plus demandés, avec 61 160 recrutements prévus pour les seuls cadres informaticiens en 2026.

L’industrie contribue également au redressement, avec 40 950 recrutements attendus (+3 %). Trois secteurs tirent ce mouvement : l’énergie, eau et gestion des déchets progresse de 7 % dans le sillage du nucléaire, les équipements électriques et électroniques retrouvent un second souffle (+7 %), et l’automobile-aéronautique-transport affiche la hausse la plus marquée (+12 %), portée par des carnets de commandes très fournis dans l’aéronautique et la construction navale.

Les fonctions les plus recherchées en 2026

Tous secteurs confondus, trois fonctions concentreront plus de la moitié des recrutements de cadres prévus en 2026.

Les cadres informaticiens arrivent en tête avec 61 160 recrutements attendus (+4 % par rapport à 2025). Les enjeux de transformation digitale, de cybersécurité et de montée en puissance de l’intelligence artificielle maintiennent une pression constante sur ces profils. Loin derrière mais en forte progression, les cadres en études-R&D seront particulièrement prisés dans l’ingénierie (64 % des recrutements de ce secteur concernent cette fonction) et dans les industries automobile et aéronautique. Enfin, les cadres commerciaux représenteront 17 % des embauches prévues : dans un marché qui reprend, les entreprises reconstituent leurs équipes de développement avant de recruter en support.

61 160
recrutements prévus pour les cadres informaticiens
Apec, 2026
52 000
recrutements prévus en études-R&D
Apec, 2026
51 990
recrutements prévus en commercial et marketing
Apec, 2026

L’expérience, nouveau critère de sélection

La reprise de 2026 ne bénéficiera pas à tous les profils de la même façon. C’est l’un des enseignements les plus nets de l’étude, et l’un des moins commentés.

Les cadres de 6 à 10 ans d’expérience sont les grands gagnants de ce retournement, avec une hausse de 16 % des intentions de recrutement. Dans un contexte où les entreprises cherchent à aller vite et à limiter le risque d’un mauvais recrutement, le profil expérimenté opérationnel immédiatement reprend une prime significative.

« Dans un contexte de reprise encore marquée par des incertitudes, les entreprises hésiteraient toujours à recruter des cadres débutants ou avec peu d’expérience. »

Apec, Prévisions de recrutements de cadres 2026, avril 2026

Les jeunes cadres, en revanche, paient encore le prix de la prudence ambiante. Avec seulement +1 % prévu, leurs recrutements restent à 137 610 embauches, très en dessous du niveau de 2024 (143 580) et plus encore de 2023 (157 100). La reprise du marché de l’emploi cadre ne corrige pas, pour l’instant, la dégradation des conditions d’entrée dans la vie active pour les profils les moins expérimentés.

Les cadres de plus de 10 ans d’expérience représenteraient 26 % des recrutements (79 510 embauches), en légère baisse de 2 %. Ces profils très seniors sont particulièrement recherchés dans le caoutchouc-plastiques, la mécanique-métallurgie et le transport-logistique.

La géographie de la reprise

La reprise serait quasi générale à l’échelle du territoire, mais avec des intensités variables. L’Île-de-France, qui concentre 47 % des recrutements de cadres, retrouve de la dynamique avec 143 160 embauches prévues (+5 %), portée par le conseil, la banque-assurance et l’ingénierie-R&D. Auvergne-Rhône-Alpes progresse de 3 % (35 260 recrutements), appuyée sur un tissu économique équilibré entre industrie et services.

L’Occitanie afficherait la progression la plus marquée de tous les territoires (+6 %), dépassant même son record historique de 2023 avec 19 500 recrutements attendus. L’aéronautique, très implantée dans la région, nourrit un large écosystème local de sous-traitants et de prestataires de services.

Certaines régions, en revanche, marqueront le pas. La Normandie et les Hauts-de-France, dont le tissu industriel reste pénalisé par les difficultés de l’automobile et de la chimie lourde, devraient stabiliser leurs volumes sans vraiment repartir à la hausse.

Les risques qui pèsent sur ce scénario

L’Apec l’indique clairement : ces prévisions sont soumises à d’importants aléas. Le conflit armé au Moyen-Orient constitue le principal facteur de risque. Un blocage prolongé du détroit d’Ormuz, par lequel transite 20 % du gaz liquéfié et du pétrole mondial, provoquerait une nouvelle flambée des prix de l’énergie, relancerait l’inflation et contraindrait la Banque centrale européenne à relever ses taux directeurs.

Le scénario dégradé
Si la crise énergétique s’installait durablement, les trois moteurs de la croissance française seraient simultanément touchés : la consommation des ménages se contracterait face à la résurgence de l’inflation, l’investissement des entreprises se renchérirait avec la hausse des taux, et le commerce extérieur pâtirait de la montée des droits de douane américains conjuguée à l’appréciation de l’euro. Dans ce cas, les prévisions de recrutements seraient revues à la baisse.

L’instabilité politique française et les décisions erratiques de l’administration américaine sur les droits de douane ont déjà coûté 0,3 point de croissance du PIB en 2025 selon la Banque de France. Ces facteurs n’ont pas disparu. Le scénario central reste positif, mais la marge d’erreur est réelle.

Ce que cela implique concrètement pour votre recrutement

Si vous recrutez en 2026

La fenêtre d’action est étroite. Les profils expérimentés entre 6 et 10 ans d’ancienneté vont redevenir rares rapidement : la reprise du marché va mécaniquement réduire leur disponibilité et relancer la compétition entre employeurs. Anticiper ses recrutements sur ce segment plutôt que de réagir à l’urgence représente un avantage concurrentiel direct.

Pour les fonctions informatiques et ingénierie-R&D, la tension ne s’est jamais vraiment relâchée. La hausse prévue de la demande va accentuer une pression déjà structurelle. Les process de recrutement longs, les grilles salariales rigides et les offres sans fourchette de rémunération visible perdront encore davantage de candidats au profit d’employeurs mieux organisés.

Si vous êtes cadre en recherche d’emploi

Le marché de 2026 n’est pas celui de 2021. La reprise est progressive, pas euphorique. Les entreprises restent sélectives et privilégient les profils opérationnels rapidement. Mettre en avant des réalisations concrètes, des projets livrés, des résultats mesurables pèsera davantage qu’un titre de poste bien formulé.

Pour les jeunes cadres, la prudence des recruteurs impose de soigner particulièrement la mise en valeur de l’expérience accumulée en stage, alternance ou premières années de poste. Le marché ne se retourne pas encore en leur faveur : il faut compenser par la précision du ciblage et la qualité du dossier.

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