100 000 recrutements dans l’industrie de défense, dont 70 000 pour remplacer des départs à la retraite. Les métiers et les territoires concernés, et ce que cela change pour les autres industriels.
100 000 recrutements dans l’industrie de défense, dont 70 000 pour remplacer des départs à la retraite. Les métiers et les territoires concernés, et ce que cela change pour les autres industriels.

L'industrie de défense prévoit environ 100 000 recrutements, selon le plan national pour l'emploi présenté par le ministère du Travail. Près de 70 000 remplaceront des départs à la retraite. Les besoins portent surtout sur l'usinage, l'électronique, la maintenance, les automatismes, le montage mécanique et le travail des métaux, dans 27 bassins d'emploi prioritaires.
L'essentiel
Quand on parle de recrutement dans l'industrie de défense, on imagine des ingénieurs en bureau d'études. Les besoins les plus massifs se trouvent pourtant dans les ateliers : usineurs, câbleurs, techniciens de maintenance, soudeurs.
Le chiffre le plus parlant concerne les départs : sur les recrutements prévus, sept sur dix serviront à remplacer des salariés qui partent à la retraite. Il faudra donc former leurs successeurs avant qu'ils ne s'en aillent, et récupérer au passage un savoir-faire qui ne s'apprend pas en quelques semaines.
Le ministère du Travail a présenté un plan national pour accompagner les recrutements de la base industrielle et technologique de défense (BITD). La filière compte près de 220 000 emplois directs et indirects, des grands groupes aux PME sous-traitantes.
Les 30 000 recrutements restants ne correspondent pas tous à des créations nettes d'emplois : d'autres mouvements de personnel devront aussi être compensés, et le plan ne donne pas de trajectoire d'effectifs consolidée. Il s'appuie sur un diagnostic des métiers réalisé par la Dares, France Travail et le ministère des Armées.
La hausse de la production se voit déjà chez les industriels. MBDA, par exemple, indique avoir doublé sa production de missiles et annonce environ 2 800 embauches sur un an à l'échelle du groupe.
Le diagnostic recense 411 métiers dans l'industrie de défense. Les tensions de recrutement se concentrent sur six familles : l'usinage, l'électronique, la maintenance, les automatismes, le montage mécanique et le travail des métaux. Les industriels citent aussi régulièrement la soudure et la métallurgie.
Ce sont avant tout des métiers d'ouvriers qualifiés et de techniciens, que l'on retrouve dans toute l'industrie mécanique et électronique. Un usineur qui travaille pour l'aéronautique civile ou l'automobile possède déjà l'essentiel des compétences demandées.
| Famille de métiers | Exemples de postes | Formations d'accès courantes |
|---|---|---|
| Usinage | Opérateur sur machine à commande numérique, régleur, tourneur, fraiseur | Bac pro technicien en réalisation de produits mécaniques, BTS conception des processus de réalisation de produits |
| Électronique et électricité | Câbleur, électronicien, technicien de test | Bac pro métiers de l'électricité et de ses environnements connectés, BTS électrotechnique, BTS systèmes numériques |
| Maintenance | Technicien de maintenance industrielle, mécanicien aéronautique | Bac pro maintenance des systèmes de production connectés, bac pro aéronautique, BTS maintenance des systèmes |
| Automatismes | Automaticien, technicien de mise en service | BTS contrôle industriel et régulation automatique, BUT génie électrique et informatique industrielle |
| Montage mécanique | Monteur-assembleur, ajusteur-monteur | CAP et bac pro industriels, titres professionnels, certificats de qualification de la métallurgie |
| Travail des métaux | Soudeur, chaudronnier, stratifieur | CAP réalisations industrielles en chaudronnerie ou soudage, bac pro technicien en chaudronnerie industrielle, titre professionnel soudeur |
Les ingénieurs et les cadres d'études ne sont pas absents du plan. Dans certains bassins, comme ceux des Pyrénées-Atlantiques, le déficit de profils en recherche et développement est signalé. Mais en volume, l'atelier pèse bien plus lourd que le bureau d'études.
Le plan cible 27 bassins d'emploi prioritaires, répartis dans neuf régions. Chacun reçoit une feuille de route pilotée par le préfet, avec un bilan trimestriel des recrutements et des formations.
Plusieurs bassins sont connus :
Ailleurs, les spécialités suivent l'histoire industrielle des régions : le naval en Bretagne, l'aéronautique en Occitanie, l'armement terrestre dans le Grand Est.
À l'échelle d'un bassin, les besoins se concentrent souvent sur peu de métiers. À Toulon, cinq métiers représentent près d'un tiers des emplois de défense recensés dans la zone. Un recruteur qui cherche un profil rare dans ce type de bassin se retrouve vite face à un vivier très étroit.
Une ligne d'assemblage de sous-marins ou de missiles ne se déplace pas. Les sites sont implantés là où ils le sont depuis des décennies, parfois dans des villes moyennes où le bassin de main-d'œuvre qualifiée est limité. Un site peut avoir les commandes et les machines, et manquer de personnes pour les faire tourner.
Pour un candidat qui doit déménager, le poste n'est qu'une partie de la décision. Le logement, les transports, l'emploi du conjoint, les écoles et les places en crèche pèsent autant que le salaire. Les feuilles de route locales du plan doivent justement traiter ces sujets, qui dépassent le seul employeur.
Avec environ 70 000 départs à la retraite à compenser, une partie du savoir-faire risque de partir avant d'avoir été transmis. Certains gestes s'apprennent en plusieurs années, au contact d'un compagnon expérimenté. Ce phénomène dépasse la défense : il touche toute l'industrie, sous l'effet du vieillissement démographique.
Certains postes demandent une habilitation au secret de la défense nationale, délivrée après une enquête administrative. Cette étape allonge le délai entre la décision d'embauche et la prise de poste, et l'entreprise doit l'anticiper dans son calendrier de recrutement.
Pendant que la défense cherche des bras, une autre filière industrielle en perd. Selon l'Insee, les effectifs de la filière automobile sont passés de 425 500 à 286 800 équivalents temps plein en treize ans, soit environ un tiers en moins. La baisse atteint 35 % chez les constructeurs et 32 % chez les fournisseurs.
Les métiers se recoupent largement : usinage, assemblage, maintenance, électronique, contrôle qualité. Ce sont souvent les mêmes machines, les mêmes gestes et les mêmes diplômes.
Certains industriels ont déjà fait le pont. Renault Group travaille avec Thales sur une munition téléopérée, Forvia a reçu une commande de drones intercepteurs et Valeo fournit des moteurs électriques pour des drones. Pour les salariés de sous-traitants automobiles en difficulté, la défense est une piste de reconversion sérieuse, souvent dans le même bassin d'emploi.
Le plan prévoit plusieurs mesures, pour les entreprises comme pour les candidats :
La POEI est le dispositif le plus concret pour un candidat. Elle finance une formation de quelques semaines, jusqu'à 400 heures, avant l'embauche, pour un poste identifié chez un employeur qui s'engage à recruter ensuite. C'est l'outil le plus direct pour faire passer un salarié de l'automobile ou d'un autre secteur vers un poste d'usineur ou de câbleur.
La POEI s'adresse aux demandeurs d'emploi. L'entreprise dépose son offre auprès de France Travail, qui identifie le candidat et finance la formation, avec une participation possible de l'opérateur de compétences de la branche.
Les usineurs, électroniciens et techniciens de maintenance que cherche la défense sont les mêmes que recherchent l'aéronautique civile, l'énergie, l'agroalimentaire ou la logistique automatisée. Dans les 27 bassins prioritaires, les PME industrielles vont se retrouver en concurrence directe avec des donneurs d'ordre qui recrutent à grande échelle et bénéficient d'un appui public.
Ce sont les profils que BlueDocker et BluePick recrutent au quotidien pour des industriels. Pour une PME qui cherche ces candidats, nos conseils tiennent en cinq points :
Le plan national pour l'emploi dans l'industrie de défense vise environ 100 000 recrutements. Près de 70 000 serviront à remplacer des salariés partant à la retraite, le reste à compenser d'autres départs et à accompagner la hausse de la production. La filière compte près de 220 000 emplois directs et indirects.
La Dares, France Travail et le ministère des Armées ont recensé 411 métiers. Les tensions les plus fortes concernent l'usinage, l'électronique, la maintenance, les automatismes, le montage mécanique et le travail des métaux, dont la soudure. Ce sont surtout des postes d'ouvriers qualifiés et de techniciens.
Non. Les métiers recherchés sont ceux de l'industrie mécanique et électronique, accessibles avec un CAP, un bac professionnel ou un BTS. Les préparations opérationnelles à l'emploi permettent aussi de se former avant l'embauche. Certains postes demandent en plus une habilitation au secret de la défense nationale.
Le plan cible 27 bassins d'emploi prioritaires dans neuf régions, dont Cherbourg, Toulon, Bourges, Roanne et Mérignac. La Nouvelle-Aquitaine compte à elle seule dix bassins prioritaires, tournés vers l'aéronautique militaire, la propulsion et les munitions.
Oui, les compétences se recoupent largement : usinage, assemblage, maintenance, électronique. L'Insee chiffre la baisse des effectifs de la filière automobile à environ un tiers en treize ans, et plusieurs industriels automobiles produisent déjà des équipements de défense. La POEI peut financer la formation complémentaire.
Le plan défense dépasse largement les industriels de l'armement. En mobilisant des dizaines de milliers d'usineurs, de techniciens et de soudeurs dans les mêmes territoires, il modifie l'équilibre du marché pour toutes les entreprises industrielles qui recrutent ces profils. Celles qui anticiperont leurs départs, formeront en interne et ouvriront leurs recrutements aux candidats venus d'autres secteurs garderont un temps d'avance.
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