CDI ou freelance en IT : comment choisir ?

Passer du CDI au freelance en IT peut générer 30 à 40 % de revenus nets supplémentaires à coût employeur équivalent. Mais ce calcul n’est valide qu’à partir de 170 jours facturés par an, avec un TJM correctement calibré et une situation personnelle compatible avec l’absence de chômage et de retraite complémentaire. La question n’est pas « qui gagne le plus ? » mais « quel modèle correspond à votre situation réelle ? »

Responsable Communication - LUNOPA Group

La question revient régulièrement. Un développeur reçoit plusieurs propositions de missions freelance, regarde son salaire CDI, fait le calcul en tête, et se dit que les chiffres ne collent pas. Pourquoi rester à 45 000 € brut annuel quand un TJM à 500 € sur 20 jours par mois semble donner 120 000 € de chiffre d'affaires ?

Ce calcul est faux. Pas légèrement : dans sa structure même. Et c'est le premier piège dans lequel tombent les profils IT qui franchissent le pas sans avoir posé les bonnes bases. Voici ce que les données terrain disent vraiment sur ce choix.

En bref
  • Un développeur senior en CDI à 55 000 € brut correspond à un TJM freelance de 450 à 500 €/jour pour un revenu net équivalent, avant avantages CDI
  • À coût total de 70 000 € pour l'employeur ou le client, le freelance micro gagne 46 250 € nets contre 34 670 € pour le salarié CDI, soit +33 %.
  • Cet écart fond quand on intègre les 5 semaines de congés payés, les 24 mois de chômage potentiel et une retraite complémentaire deux fois plus élevée en CDI
  • Un freelance facture en moyenne 140 à 160 jours en début d'activité, contre 218 jours ouvrés d'un salarié CDI : 70 jours de différence à financer via le TJM
  • Le marché IT reste favorable au freelance sur les profils data, cloud et cybersécurité. Le CDI reprend l'avantage sur les profils junior et les secteurs à forte réglementation

Le mythe du TJM miraculeux

La comparaison classique "mon TJM contre mon ancien salaire" part du mauvais point de départ. Un TJM n'est pas un salaire déguisé. C'est un chiffre d'affaires brut, à l'intérieur duquel le freelance doit reconstituer sa rémunération nette, ses charges sociales, sa couverture maladie, ses périodes sans mission et ses frais professionnels.

Prenons un exemple concret. Un développeur senior en CDI à 55 000 € brut annuel coûte environ 80 000 à 85 000 € à son employeur (charges patronales incluses). Pour que le freelance gagne net la même chose, il doit viser un TJM de 450 à 500 €/jour en auto-entrepreneur, sur une base de 218 jours facturés. Le problème : personne ne facture 218 jours en début d'activité.

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Le dénominateur que personne ne calcule Selon le Freelance Index, un freelance français facture en moyenne 140 à 160 jours par an en début d'activité, et 170 à 180 jours une fois installé. La différence avec les 218 jours ouvrés d'un CDI représente environ 70 jours que le freelance doit financer via son TJM : 25 jours de prospection, 10 jours d'administration, 15 jours d'intercontrat, 20 jours de congés non rémunérés.

La formule répandue pour convertir un salaire CDI en TJM (salaire brut annuel divisé par 120) sous-estime systématiquement le TJM nécessaire parce qu'elle utilise 218 jours comme dénominateur. La réalité du terrain exige de diviser par 150 à 170 jours, selon le niveau d'expérience et la facilité à trouver des missions.

Ce que le net réel donne, chiffres à l'appui

À périmètre de coût équivalent pour le client ou l'employeur, les écarts de revenus nets sont réels, mais plus serrés qu'on ne le croit généralement.

À 70 000 € de coût total, un freelance en micro-entreprise empoche environ 46 250 € nets contre 34 670 € pour un salarié CDI équivalent. L'écart est de 33 %, ce qui est réel. Mais il s'évapore quand on intègre ce que le CDI inclut et que le freelance doit acheter séparément : cinq semaines de congés payés, 24 mois de chômage potentiel, une retraite complémentaire deux fois plus élevée, une mutuelle d'entreprise partiellement prise en charge, et une protection en cas d'arrêt maladie dès le premier jour.

Le portage salarial mérite une mention à part. Il permet de facturer comme un indépendant tout en conservant le statut de salarié, chômage inclus. En contrepartie, la société de portage prélève 8 à 10 % de frais de gestion, ce qui réduit le net d'environ 15 à 20 % par rapport à l'auto-entreprise. C'est le bon choix pour tester le freelancing sans brûler ses droits au chômage.

Quels profils IT ont vraiment intérêt à passer en freelance ?

La réponse à la question CDI ou freelance dépend d'abord du marché spécifique dans lequel évolue le profil. La dynamique n'est pas uniforme dans le secteur IT.

Les profils qui ont vraiment intérêt à passer en freelance

Les métiers de la data, du cloud et de la cybersécurité sont ceux où les TJM freelance restent les plus élevés par rapport aux salaires CDI équivalents. Un Data Engineer senior qui facture 600 à 700 €/jour sur des missions régulières génère un net nettement supérieur à son équivalent CDI, même en intégrant les périodes sans mission. La tension sur ces profils est suffisante pour que les entreprises acceptent des TJM élevés sans négocier longuement.

Les profils avec une spécialisation sectorielle forte (fintech, santé, aéronautique) bénéficient d'une double prime : la rareté de leur expertise technique et la rareté de leur connaissance métier. Ces profils trouvent généralement des missions longues, ce qui réduit le temps de prospection et améliore le taux de jours facturés.

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Les TJM médians par profil Architecte cloud senior : 750 à 900 €/jour. Data Engineer confirmé : 550 à 700 €/jour. Développeur fullstack React/Node confirmé : 450 à 550 €/jour. Développeur Java senior : 420 à 500 €/jour. Chef de projet IT confirmé : 400 à 500 €/jour. Développeur junior (moins de 3 ans) : 250 à 350 €/jour. Sources : Silkhom Freelance.

Les profils pour lesquels le CDI reste le bon choix

Les profils juniors (moins de trois ans d'expérience) ont intérêt à rester en CDI. La raison n'est pas financière : c'est une question de formation. Le CDI offre un environnement où les erreurs ne coûtent pas de mission perdue, où la montée en compétence est financée par l'employeur, et où les relations internes construites sur plusieurs années deviennent une base solide pour une activité freelance future. Un développeur qui passe en freelance à deux ans d'expérience se prive de la période de capitalisation la plus importante de sa carrière.

Les profils qui évoluent dans des secteurs à forte réglementation (banque, assurance, santé, défense) trouvent souvent plus facilement des missions longues en CDI qu'en freelance. Ces secteurs valorisent la continuité, la connaissance interne des systèmes et la gestion des habilitations, ce qui avantage le salarié sur l'indépendant.

Enfin, les profils dont la situation personnelle inclut un emprunt immobilier en cours, des personnes à charge ou une aversion marquée à l'incertitude financière ont intérêt à peser sérieusement l'option CDI. Le freelance n'est pas incompatible avec ces situations, mais il les complexifie.

Les questions à se poser avant de décider

Avez-vous un réseau suffisant pour trouver votre première mission en moins de 30 jours ?

La première mission est la plus difficile à décrocher. Sans expérience freelance sur le CV et sans réseau de prescripteurs actifs, le délai peut dépasser deux mois. Ces deux mois sont à financer sans revenus. Si la réponse à cette question est non, le passage en freelance mérite d'être préparé depuis le CDI : identifier les clients potentiels, établir les premiers contacts, voire réaliser quelques missions en parallèle (dans le cadre légal) avant de démissionner.

Avez-vous calculé votre TJM plancher, et non votre TJM rêvé ?

Le TJM plancher est le TJM en dessous duquel le freelance gagne moins net qu'en CDI, toutes choses intégrées. Il se calcule à partir du revenu net mensuel cible, augmenté du coût de reconstitution des avantages perdus (mutuelle, retraite complémentaire, congés payés), divisé par le nombre de jours facturables réels selon le niveau d'expérience. Ce chiffre est souvent 20 à 30 % plus élevé que ce que la plupart des profils estiment initialement.

Quel est votre rapport au vide entre deux missions ?

L'intercontrat est une réalité du freelancing, même pour les profils expérimentés. Quelques semaines sans mission par an, c'est normal. Le problème n'est pas financier si le TJM est correctement calibré. Il est psychologique : certains profils trouvent cette période productive, d'autres la vivent comme une source d'anxiété paralysante. Ce critère, rarement évoqué dans les comparatifs financiers, est pourtant déterminant dans la durabilité du choix.

Et si la vraie question n'était pas CDI vs freelance ?

La frontière entre les deux statuts s'est brouillée dans plusieurs directions. Le CDI en remote partiel avec une prime variable indexée sur les livrables ressemble de moins en moins à un CDI classique. La mission freelance longue durée chez un client unique ressemble de moins en moins à de l'indépendance réelle.

Ce qui importe, c'est la capacité à identifier ce qu'on veut vraiment : de la liberté dans les choix de missions, de la sécurité dans les revenus, de la progression rapide, de l'appartenance à une équipe, ou du temps pour des projets personnels. Ces priorités changent avec l'âge, la situation familiale et le niveau d'expertise. Le bon statut est celui qui s'aligne sur ces priorités au moment de la décision, pas celui qui maximise le net sur une feuille de calcul.


Questions fréquentes

Quel TJM pour gagner autant qu'un CDI à 45 000 € brut ?

Pour un revenu net équivalent à un CDI à 45 000 € brut (environ 2 500 € nets par mois), il faut viser un TJM de 350 à 380 € en auto-entrepreneur sur 170 jours facturés, ou 450 € en portage salarial. Ces chiffres intègrent les charges, les congés non rémunérés et les périodes de prospection, mais pas la reconstitution de la retraite complémentaire.

Le portage salarial est-il une bonne option pour débuter ?

Oui, pour trois raisons. Il conserve les droits au chômage en cas d'échec, il simplifie la gestion administrative, et il permet de tester le marché freelance sans risque statutaire. En contrepartie, les frais de gestion (8 à 10 % du CA) réduisent le net de 15 à 20 % par rapport à l'auto-entreprise. C'est le prix de la sécurité pendant la phase de démarrage.

Un développeur junior peut-il passer en freelance ?

Techniquement oui. Financièrement et professionnellement, c'est déconseillé avant trois à quatre ans d'expérience. Les TJM accessibles aux profils juniors (250 à 350 €/jour) ne compensent pas les avantages perdus par rapport au CDI, et la formation accélérée qu'offre un CDI en début de carrière est difficile à remplacer en mission freelance.

Faut-il créer une SASU ou une auto-entreprise pour débuter en freelance IT ?

En dessous de 77 700 € de CA annuel, l'auto-entreprise offre le meilleur net grâce à des taux de charges réduits. Au-delà, la SASU à l'IS avec arbitrage dividendes devient plus avantageuse. La plupart des développeurs qui débutent en freelance commencent en micro-entreprise et basculent en SASU ou EURL deux à trois ans après.

Silkhom Freelance, c'est quoi concrètement ?

Silkhom Freelance est la division de Silkhom (groupe Lunopa) dédiée aux missions IT pour les profils indépendants. Elle met en relation des freelances tech avec des entreprises qui ont des besoins en mission courte ou longue durée : développement, data, cloud, cybersécurité, ERP. La mise en relation est directe, sans intermédiaire supplémentaire entre le freelance et le client final.


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