En bref
- Le marché IT français entre dans une phase de polarisation : les profils data, IA et architecture tirent les salaires vers le haut, le développement standard stagne
- Data Scientist : +11,4 %, autour de 56 k€. Data Engineer : +10,4 %, autour de 58 k€
- Développeur Java et Python : autour de 45 k€, en léger recul, signe que la production de code standard est absorbée par les assistants IA
- Nouveaux métiers apparus dans notre baromètre cette année : Chief Data Officer (~130 k€), VP Engineering (~119 k€), Engineering Manager, Platform Engineer, Pentester, Architecte SOC
- Le développeur Rust fait une entrée remarquée à près de 71 k€ en médiane, reflétant la rareté des profils sur ce langage
Après deux années de prudence budgétaire dans les DSI françaises, les dépenses informatiques repartent. Gartner anticipe 6 155 milliards de dollars de dépenses informatiques mondiales en 2026, en hausse de près de 11 % sur un an. Numeum table sur une croissance de 4,3 % du marché numérique français. Les signaux macro sont positifs.
Mais ce retour des budgets ne se traduit pas par une hausse uniforme des salaires. Sur les 25 000 profils que Silkhom a analysés depuis 2019, la réalité de 2026 est plus nuancée : le marché se redessine en profondeur, avec des gagnants très nets et des segments sous pression. Voici ce que les données terrain révèlent.
La polarisation des salaires IT en 2026
La tendance la plus structurante de ce baromètre est la bifurcation entre deux types de profils. D’un côté, les métiers à forte valeur ajoutée intellectuelle, rares et difficiles à remplacer par des outils d’automatisation, voient leurs rémunérations progresser significativement. De l’autre, les rôles d’exécution technique standardisée subissent une pression à la baisse, alimentée par la productivité des assistants de génération de code.
Un développeur Java ou Python senior qui se contente de produire du code fonctionnel sans dimension d’architecture ou de leadership se retrouve sur un segment concurrencé par GitHub Copilot et ses équivalents. Les fourchettes salariales le reflètent : autour de 45 k€ en médiane, en léger recul par rapport à 2025.
À l’inverse, un profil qui sait piloter ces outils, concevoir des architectures, superviser des systèmes complexes ou gouverner la donnée voit sa valeur augmenter. C’est l’essence même du paradoxe de Jevons appliqué à l’IT : l’IA ne remplace pas les meilleurs ingénieurs, elle les rend encore plus précieux.
+11,4%
hausse salariale du Data Scientist en 2026, autour de 56 k€ en médiane
Baromètre Silkhom 2026
+10,4%
hausse salariale du Data Engineer en 2026, autour de 58 k€ en médiane
Baromètre Silkhom 2026
71 k€
médiane du développeur Rust, nouvelle entrée au baromètre 2026
Baromètre Silkhom 2026
La data tire l’ensemble, pas l’IA générale
Si les métiers de l’IA et du machine learning font l’objet d’un baromètre dédié cette année chez Silkhom, le baromètre IT généraliste confirme que la filière data au sens large est le principal moteur de la hausse salariale en 2026.
Data Scientist, Data Engineer, Data Analyst, Architecte Data : ces profils bénéficient d’une double pression haussière. La demande des entreprises qui industrialisent leurs usages de la donnée reste soutenue, et le vivier de candidats expérimentés reste structurellement insuffisant par rapport aux besoins. Le délai de recrutement pour un Data Engineer senior dépasse régulièrement six semaines dans les missions traitées par Silkhom.
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Deux baromètres pour la première fois en 2026
Cette année marque un cap dans la méthodologie de Silkhom : les métiers de l’intelligence artificielle et du machine learning font l’objet d’un baromètre distinct, tant leurs dynamiques salariales se sont décrochées du reste du marché IT. ML Engineer, Data Scientist spécialisé IA, Chief AI Officer : consultez le baromètre IA et ML 2026 de Silkhom pour les fourchettes dédiées à ces profils.
La cybersécurité se réorganise sans baisser
Un chiffre du baromètre mérite une lecture attentive : l’ingénieur cybersécurité et le profil DevSecOps reculent tous deux de plus de 8 % cette année. Cela peut sembler paradoxal dans un contexte où les cybermenaces ne faiblissent pas.
L’explication est plus structurelle que conjoncturelle. Les fourchettes de ces profils avaient été poussées à des niveaux artificiellement élevés pendant la pénurie post-Covid, quand les entreprises surenchérissaient pour attirer n’importe quel profil cyber disponible. Le marché redescend aujourd’hui vers un niveau soutenable pour les profils d’exécution, pendant que la tension reste entière sur les postes d’architecture et de gouvernance.
C’est précisément ce que traduit l’apparition de nouvelles entrées dans le baromètre cette année : Pentester (60 à 70 k€ en confirmé à Paris), Ingénieur IAM (50 à 60 k€ en confirmé), et Architecte SOC. Ces profils spécialisés à haute valeur ajoutée restent sous tension, là où les profils généralistes se normalisent.
« Ce qui se paie en 2026, ce n’est plus la maîtrise d’un langage, mais la rareté et l’exigence. »
Baromètre des salaires informatique et électronique 2026, Silkhom
Les nouveaux métiers qui racontent l’industrialisation
Le signal le plus révélateur de ce baromètre n’est pas dans les variations de pourcentage. C’est dans la liste des métiers qui n’existaient pas dans l’édition précédente et qui font leur apparition cette année.
Côté management technique, Silkhom a dû créer des entrées pour le Chief Data Officer (entre 120 et 160 k€ selon l’expérience et la région), le VP Engineering (110 à 150 k€), l’Engineering Manager (80 à 120 k€) et le Director of Engineering (105 à 140 k€). Ces titres existaient dans les grandes entreprises tech depuis plusieurs années. Leur présence massive dans les recrutements que Silkhom traite aujourd’hui signifie qu’ils se sont démocratisés aux ETI et aux scale-ups françaises.
Cette prolifération de rôles managériaux dans la tech raconte une histoire précise : le marché IT français passe de la phase d’expérimentation à la phase d’industrialisation. Les entreprises ne cherchent plus seulement des développeurs capables de construire des fonctionnalités. Elles cherchent des leaders capables de structurer des organisations techniques, de faire les choix d’architecture qui engagent la décennie suivante, et de recruter et faire grandir des équipes.
130 k€
Chief Data Officer confirmé à Paris, nouvelle entrée au baromètre 2026
Baromètre Silkhom 2026
119 k€
VP Engineering confirmé à Paris, nouvelle entrée au baromètre 2026
Baromètre Silkhom 2026
25 000+
profils analysés depuis 2019 pour construire ce baromètre
Silkhom, méthodologie 2026
L’entrée remarquée du développeur Rust
Parmi les nouvelles entrées techniques du baromètre, le développeur Rust mérite une mention particulière. Avec une médiane autour de 71 k€ toutes zones confondues, soit un niveau supérieur d’environ 55 % à un développeur Python ou Java de niveau équivalent, ce profil illustre parfaitement la mécanique salariale de la rareté.
Rust est un langage exigeant, avec une courbe d’apprentissage steep et une communauté de praticiens expérimentés encore limitée en France. Mais son adoption progresse rapidement dans les secteurs qui ont des contraintes fortes de performance et de sécurité mémoire : systèmes embarqués, infrastructure cloud, blockchain, applications WebAssembly. Les entreprises qui en ont besoin sont prêtes à payer significativement pour trouver ces profils.
Ce que ça signifie pour vos recrutements
Si vous recrutez des profils IT en 2026
Les fourchettes du baromètre Silkhom sont construites sur des recrutements réels, pas sur des déclarations. Elles reflètent ce que les candidats acceptent effectivement, et non ce qu’ils demandent initialement. C’est la distinction qui compte pour calibrer une offre compétitive sans surpayer.
La première erreur à éviter est d’appliquer une grille salariale uniforme à l’ensemble des profils IT. Un développeur Java confirmé et un Data Engineer confirmé n’évoluent pas dans le même marché. Proposer le même package à ces deux profils revient soit à overpayer le premier, soit à perdre systématiquement le second face à des concurrents mieux informés.
La deuxième erreur est de négliger la variable géographique. Paris est en moyenne 15 à 25 % au-dessus des grandes villes régionales sur les profils tech, qui sont elles-mêmes au-dessus des régions moins concentrées. Avec le développement du télétravail partiel, cette géographie se complexifie : un candidat basé à Lyon qui postule à un poste parisien en full remote s’attend à une fourchette parisienne. La politique de rémunération selon le lieu de résidence est un sujet que de nombreuses entreprises n’ont pas encore clarifié.
Si vous êtes développeur ou ingénieur IT
Le baromètre est un outil de négociation autant qu’un observatoire. Connaître les fourchettes réelles de son marché permet d’entrer en entretien avec des données objectives plutôt que des estimations, et de ne pas se sous-évaluer par méconnaissance.
La lecture des tendances est aussi utile que les chiffres bruts. Si la production de code standard stagne et que la data et l’architecture progressent, c’est un signal d’orientation : les investissements en formation les plus rentables en 2026 sont ceux qui permettent de monter dans la chaîne de valeur technique, pas de maîtriser un langage de plus.